Yannick Unfricht est né en 1970 dans le Nord Est de la France, fils d’une femme qui voulait devenir nonne et d’un homme qui voulait devenir clown. Il grandit le long de la frontière franco allemande, là où pullulent les terrains militaires interdits et les blockhaus de la seconde guerre mondiale.
Dans cette région les traumatismes et les cicatrices liés à la guerre sont encore palpables et glissent de génération en génération.
Il partage son enfance avec les gitans sédentarisés dans un quartier où l’éclairage public et le bitume sont inexistants. Sa rencontre avec les enfants de Harkis venus s’installer dans sa ville natale après la guerre d’Algérie nourrira son intérêt pour les autres cultures.
Durant son adolescence il sera profondément marqué par la lourdeur religieuse de sa région, où la laïcité n’est pas puisque la Moselle est régie par les lois du concordat. Mais des restes de croyances païennes locales encore vivaces viendront se greffer à son ADN et tisseront entre Yannick Unfricht et la Foret des liens indéfectibles.
Enfant, ce sont les sculptures que son grand-père réalise à partir de racines qui le marqueront le plus – le performeur reconnaîtra plus tard que les formes de ces oeuvres resurgissent toujours dans sa danse.

Son inextinguible soif de rencontres et de connaissances l’amènera en 1988 à Berlin : premier choc frontal avec la réalité géopolitique. À son retour, il voit la réalité sous un autre prisme. Toujours animé par la même curiosité, il continuera son exploration et deviendra tour à tour peintre en bâtiment , fossoyeur, routier. C’est avec ce dernier métier qu’il franchira l’Europe des frontières et nourrira l’embryon artistique qu’il déjà porte en lui.
C’est dans le milieu des années 90 qu’une rencontre, au cours de l’un de ces voyages, lui fera découvrir le monde de la performance : art où le corps devient matière. Voyant là l’outil idéal pour exprimer l’inexprimable il plongera alors corps et âme dans l’art du mouvement et l’explorera de façon instinctive, autodidacte.
Habité par une énergie débordante et un appétit vorace pour de nouvelles expériences il part s’installer à Paris ; c’est là qu’il fera la connaissance durant les années 2000 de Atsushi Takenouchi (maître de Butô, représentant de la troisième génération de cette discipline). L’artiste japonais lui fera découvrir la profondeur et l’intensité poétique du Butô. Cette danse protéiforme deviendra sa colonne vertébrale et lui donnera les outils nécessaires pour puiser dans ses émotions une inestimable palette de mouvements. Depuis, Yannick Unfricht décline cette discipline dans toutes ses performances, explorant les figures imposées et interprétant des combinaisons libres.

Une de ses grandes particularités est d’additionner à son jeu des masques et accessoires qu’il crée à partir d’éléments de son environnement (objets de récupération et matières naturelles comme l’écorce, le bois, la pierre, bois de cerf…). Par des jeux d’ombres et de transformation, les personnages aux allures fantastiques qu’il s’invente pour les interpréter sur scène sont complexes, épiques, questionnant et poétiques; l’artiste les teste toujours avant « exploitation » dans une solitude quasi ermite dans sa forêt natale. Il deviendra un membre historique de HEY! La Cie en 2010, année de création de la troupe. C’est au sein de cette famille qu’il peaufinera et cisèlera de manière significative sa danse et son talent de créateur multiforme.
Outre Anne & Julien, les deux piliers de HEY! La Cie, il démarrera une étroite collaboration avec Zoé Forget, photographe de la compagnie, visant à explorer chez l’un et l’autre à travers l’image des zones encore inexprimées.


Aujourd’hui Yannick vit à nouveau dans sa ville natale Bitche. 
Après une rencontre avec la Borrélia qui a déclenché en lui la maladie de Lyme, l’artiste s’est isolé pendant trois mois et est allé au contact de cette étrange et fascinante bactérie ; de cette rencontre est née la performance « 3000 arbres dans un corps », le récit dansé d’une acceptation, d’une transcendance.
De ce retour imposé et salvateur nait le besoin d’intégrer un nouveau médium; Yannick Unfricht se tournera vers la photographie, et une première série intitulée The Couch verra le jour en 2017.

Actuellement Yannick Unfricht donne des stages de Butô et travaille sur deux nouvelles performances :

 « Métamorphose », inspirée du mythe d’Actéon, et « Selfboxing Uncontrollable Fist », un combat de boxe où l’artiste est son propre adversaire.